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Bassin Adour-Garonne

La jeunesse a souvent été un vecteur de changements sociétaux profonds, notamment parce qu'elle peut porter des revendications et des valeurs dans la durée

#150

Albert Moukheiber, neuroscientifique et psychologue clinicien, interviendra lors du festival ODYSSY le 20 juin. Il répond à nos questions sur le rôle de la jeunesse dans la transition écologique.

Pourquoi avons-nous tant de mal à agir face aux crises environnementales ?

En fait, quand on dit « pouvoir agir », il faut d’abord définir nos marges de manœuvre. Or, pour la crise environnementale, les marges de manœuvre de chacun ne sont malheureusement pas si importantes que cela. Ce n’est pas qu’on a du mal à agir. À l’échelle individuelle, beaucoup, beaucoup de gens agissent. Quand on dit qu’on a du mal à agir, on minimise un peu leurs efforts.

 En réalité, on agit, mais cela ne résout pas le problème, parce que celui-ci se joue à ce qu’on appelle des niveaux explicatifs beaucoup plus élevés. C’est-à-dire que, dans des systèmes complexes comme les sociétés humaines, l’économie ou le climat, il existe différents niveaux explicatifs d’un même phénomène, et donc différents niveaux d’action. Si l’on essaie de résoudre un problème à un niveau explicatif alors qu’il se situe principalement à un autre, cela devient très compliqué. C’est un peu comme si l’on voulait résoudre les embouteillages en agissant uniquement sur la mécanique d’une voiture : cela ne fonctionne pas très bien.

Donc, ce n’est pas tant que les gens ont du mal à agir. Souvent, ceux qui ont le pouvoir d’agir n’agissent pas, parce que cela va à l’encontre de leurs intérêts, par exemple.
Quant aux personnes qui agissent déjà beaucoup, en organisant un festival, des ateliers ou d’autres initiatives, leur marge de manœuvre reste plus limitée. C’est davantage une question d’impact.
 

Les jeunes peuvent-ils sauver la planète ou du moins y contribuer ?

La jeunesse a souvent été un vecteur de changements sociétaux profonds, notamment parce qu'elle peut porter des revendications et des valeurs dans la durée. Elle peut ainsi pousser les personnes qui disposent de davantage de marge de manœuvre, celles dont nous parlions précédemment, à agir.
Mais cet engagement doit être collectif et chercher à transformer les systèmes. À plus court terme, on peut dire que les jeunes qui s'engagent constituent une force de changement social. Ils l'ont d'ailleurs toujours été.

À plus long terme, on peut espérer que ces jeunes, en devenant adultes, conservent certaines de leurs convictions et de leurs engagements. Lorsqu'ils disposeront de davantage de pouvoir d'action et de responsabilités, ils pourront alors contribuer à mettre en œuvre ces changements. Après tout, les jeunes d'aujourd'hui sont les adultes de demain.

En revanche, il ne faut pas tomber dans l'écueil qui consiste à faire porter la responsabilité de la situation actuelle aux jeunes. Ce n'est pas parce que les jeunes ne s'engageraient pas assez que les choses n'avancent pas. Leur rôle est important, mais il ne faut pas leur transférer une responsabilité qui incombe avant tout à d'autres acteurs.
La responsabilité principale repose davantage sur les épaules des personnes qui disposent aujourd'hui du plus grand pouvoir d'action. Pas seulement les décideurs politiques, mais plus largement toutes les personnes qui occupent des positions leur permettant d'avoir un impact sur le système.
Cela peut être un élu, mais aussi le conseil syndical d'une copropriété, la direction d'un établissement scolaire, une mairie, le dirigeant d'une PME ou encore le président de la République. Ce sont avant tout des rapports d'influence et de capacité d'action au sein d'un système.

Que pensez-vous du fait d’aborder la question climatique par le prisme de l’eau ?

L’eau est un prisme intéressant car elle apporte une sorte de structure. C'est un très bon vecteur de sensibilisation, parce que c'est quelque chose de beaucoup plus proche de notre quotidien que l'acidification des océans, la fonte des glaciers ou d'autres phénomènes que l'on ne perçoit pas directement.

C'est un sujet auquel les gens peuvent plus facilement s'identifier, parce qu'ils interagissent avec lui au quotidien pour l’alimentation, l’hygiène, la santé, les loisirs... 

Si vous aviez un conseil à donner aux jeunes qui veulent agir pour le climat, quel serait-il ?

Pour les personnes qui ont envie de passer à l'action, je pense qu'il est important de rappeler une chose : il faut aussi savoir se protéger.
On voit beaucoup d’anxiété, des burn-out, mais aussi plus largement de la désillusion. Prendre soin de soi est essentiel, parce que si l'on ne se protège pas soi-même, on ne pourra pas protéger les autres.